Monday, 25 April 2011

Changer le monde ?

Il me faudrait renoncer momentanément à charger des e-books, car plus ma liste de lecture augmente et moins je lis vraiment. Je suis tenté de feuilleter les livres installés régulièrement sur mon reader, ou "liseuse" en québécois, ce qui fait que je retarde la fin de la lecture de Tu dois changer ta vie !, le dernier essai de Sloterdijk, alors qu'il ne me reste que 120 pages à lire. Je n'ai pas, non plus, encore fini Les Âmes mortes de Gogol, entamé le mois dernier sur le Sony. Sans compter Philippe Muray dont je n'ai pas toujours pas épuisé Les Essais.

Je passe facilement d'un livre à l'autre. S'agissant de nouvelles ou de courts romans, ça ne pose pas de problème : je les lis d'une traite. Mais quand un texte approche le millier de pages, j'ai tendance à marquer des étapes ; périodes pendant lesquelles je me lance dans d'autres textes bien plus courts que sont, souvent, de longs articles copiés sur le Web et transformés au format .epub. Je lis ces textes quand je sais que je n'aurai pas beaucoup de temps devant moi pour me concentrer sur un écrit sans être interrompu. Je procède donc dans mes lectures de la même manière qu'avec mes blogs : en me dispersant, au point d'en arriver parfois presque à me perdre. Plus grave : comme je ne prends presque jamais de notes, que je ne souligne jamais la moindre phrase - c'est à dire que je ne lis pas un crayon à la main, comme le préconisait Miguel de Unamuno - , j'oublie rapidement les textes qui se sont lentement dépliés sous mes yeux.

Quelques fois, j'en arrive à me demander pourquoi consacrer autant de temps à la lecture si je n'en retiens qu'une infime partie. Je me rends bien compte que cette activité débordante ne fait pas de moi un richissime honnête homme. Je sais que je manque totalement de méthode pour développer un patrimoine culturel virtuel conséquent, amasser un capital intellectuel suffisamment important, ouvrir un compte à la banque Philo & C° qui me permettrait de m'engager dans la bataille des grandes idées. Seulement qui dit bataille, pense à la guerre. Or une guerre ne se prépare que dans un but : gagner ! Mais moi, j'ai maintenant tout à perdre, plus grand chose à gagner.

Par ailleurs, lorsque je lis - ce fût le cas encore aujourd'hui - des graphomanes qui disent, sans la moindre pudeur, écrire "pour changer le monde", je suis certain de ne jamais passer la porte du club où cette catégorie de quadrupèdes humains aiment se retrouver pour se convaincre de l'importance de leur mission civilisatrice. Connards ! Ces types sont incapables de se changer eux-mêmes, mais ne doutent pas un instant qu'ils vont révolutionner l'Univers. Alors, imaginer de partir en guerre avec ou contre ces bras-cassés, ces petites cervelles imbibées de littérature frelatée, bourrées d'idées progressistes, humanistes aussi lumineuses que la cave à formages dans laquelle ces crétins ont été conçus, une sombre nuit d'orage, tandis que la TV de leurs tristes géniteurs était en panne, ça me fait plutôt rigoler.

Non, je n'ai aucun but : je passe des heures et des heures plongé dans mes lectures, sans finalité aucune - soit dit en passant, je n'adhère pas non plus aux thèses millénaristes. Je ne vois même pas ce retranchement, cette absence à ce qui structure le quotidien des normopathes peuplant le territoire où je suis installé, comme une ascèse faite d'exercices qui me permettraient de prendre plus de hauteur.

Je lis parce que j'ai découvert que la lecture est la meilleure chose à faire pour occuper mes neurones qui ne cessent de se multiplier sans discipline aucune, hors de tout contrôle. J'écris quand je me sens ma cervelle un peu submergée par une hausse impromptue du taux de multiplications de ces sauvages électrifiés qu'il me faut calmer.

Pour que les choses changent, je m'en remets à ma Destinée qui, jusqu'à aujourd'hui, a remporté toutes les batailles, les grandes comme les petites, sans même me demander une seule fois mon avis sur la meilleure stratégie à mener. En attendant le prochain changement, je peux me disperser.

6 comments:

  1. "C'est dur d'être un héros."

    Ainsi je découvre l'univers parallèle de la blogosphère!!!
    C'est drôle toutes ces personnes qui se branlent la nouille et crachent leur bave jusque sur leurs pieds, très fort. Vraiment très fort. ET bien entendu, entourés que de "connards"(sic), ce pourquoi ils restent enfermés chez eux, planqués derrière leur écran. Non mais moi c'est pareille la médiocrité me fait horreur, d'ailleurs quand je pense que j'ai été conçu dans une chambre de bonne, rien que d'y penser ...
    Bon, c'est pas tout ça mais j'ai d'autres chattes à fouetter.

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  2. Avoir été conçu dans une chambre de bonne ! Vivre en ayant conscience qu'une telle infamie entache les pages répugnantes de son roman familiale ! Pauvre Anonymous, rien ne pourra jamais laver une humiliation pareille, c'est le pire des traumatismes infantiles. Aucun analyste, aucun psychiatre, aucun spécialiste de la neurochirurgie ne pourront vous venir en aide. Vos géniteurs sont de monstrueux criminels. Je comprends que, dans une telle situation, on puisse vouer son existence au trolling, histoire de se défouler momentanément d'une haine inexorable contre ceux qui ont eu plus de chances, ceux qui ont été conçus dans des conditions décentes par des individus sains sous tout rapport. Je diagnostique chez vous une augmentation transitoire des capacités mentales et cognitives. Malheureusement, cela restera très bref. Face à une telle situation, je ne vois d'autre issue honorable que le suicide, avant même que la maladie qui vous ronge la cervelle ne vous emporte.

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  3. Merci, sincèrement, vous avez réussi à me faire rire, ils sont rares!
    Au plaisir.

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  4. C'est parce qu'en réalité, je considère les trolls avec une certaine sympathie. Le troll n'est sûrement pas l'individu le plus stupide de la bloggosphère, il est souvent doté d'un vrai sens critique, qui lui permet de repérer facilement les failles argumentatives et les contradictions dans un texte - ce qui n'est pas le cas ici. Faiblesses sur lesquelles il prend appuie pour libérer sa hargne souvent occasionnelle, sinon peut-être pour laisser déborder l'écume de ses frustrations amères. Le troll permet souvent d'avoir des échanges dans un registre de langue fleurie, imagée qui correspond bien à ma nature.
    Merci pour la visite, heureux d'avoir contribué à votre bonne humeur, Anonymous.

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  5. pas la force d'écrire... musique de "Troll laid" http://youtu.be/MYGojYT6Kgw

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  6. ....et moi, je n'ai pas eu la force d'écouter, ni même de regarder la "vidéo" de Hubert Félix Thiéfaine plus de 10 secondes: c'est vraiment trop à chier. Encore un lien comme celui-ci et je te colle dans les splogs, Anonymous !

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