Tuesday, 17 May 2011

Vacciné !

Depuis dimanche matin, j'ai passé tellement de temps à lire les salades que les internautes français laissent en guise de commentaires sur les journaux en ligne que je n'ai pas pris une minute pour alimenter l'un ou l'autre des mes blogs. Je dois reconnaître que le viol commis par le directeur du FMI a de quoi alimenter tous les fantasmes. Aussi, les internautes s'en sont donnés à coeur joie. Certains articles de la presse nationale sont suivis de plus de 5OO commentaires. Bien entendu, je n'ai pas pris la peine de tous les lire. D'autant plus que la plupart ne répètent, qu'avec très peu de variantes, ce qu'on a déjà lu des dizaines de fois sous un précédent article traitant du même sujet. Ce qui m'a le plus frappé, c'est de voir à quel point le citoyen hexagonal est doté d'un imaginaire formaté par les programmes TV. Tout événement, relaté par les médias, n'est compris qu'au travers du filtre télévisuel, la série policière, dans ce cas, faisant office de monde référentiel. Tout internaute qui se respecte se doit d'endosser le rôle de l'inspecteur en chef. Les délires vont bon train. C'est une accumulation de stupidités affligeantes. Pourtant, j'ai lu des commentaires jusqu'à en avoir la nausée. Je pense ainsi m'être vacciné, pour pas mal de temps, contre le virus de la bêtise qui se répand sur la toile, telle une épidémie de choléra, dès qu'une information de ce genre apparaît dans les médias. Je vais pouvoir me remettre à blogguer avec l'assurance d'être parfaitement immunisé lors de la prochaine attaque virale déclenchée par la future information fracassante, "le coup de tonnerre" [Aubry] qui nous apprendra, par exemple, que le violeur DSK s'est fait sexuellement agressé, alors qu'il ramassait la savonnette dans les douches de sa prison.
A bientôt !

Saturday, 7 May 2011

Dupont de Ligonnès et la Meute

A longueur d'année, on peut lire sur la Toile que les internautes se sentent surveillés, fliqués, espionnés, traqués par la police du Web. Ils hurlent, indignés par des lois comme HADOPI, LOPPSI, etc. qu'ils jugent inadmissibles, inconcevables, inacceptables, insupportables, intolérables, irrecevables, et même liberticides - j'exagère un peu étant donné que le lexique de l'internaute est bien plus restreint. Tous appellent à la "résistance", chacun se sent une âme de petit Moulin face au terrible Barbie qui contrôle le Net d'une souris de fer.

"Résistance" est probablement l'une des occurrences les plus rencontrées par les linguistes qui bâtissent et analysent des corpus extraits du flot discursif produit par la bloggosphere française. On le sait, la vaillante communauté blobloggante est très à cheval sur les grands principes éthiques. Le quadrupède humain qui se prononce publiquement en ligne se doit d'être, avant tout, un humaniste fortement éclairé à l'ampoule halogène basse consommation.

Ainsi les blogs débordent de moraline. Le bloblogueur est le véritable héros 2.0. des réseaux. Il ne demande qu'à recevoir avec humilité les plus hautes distinctions qui récompensent, depuis l'aube de la lampe à acétylène, les grands hommes, les justes, les vrais.

Et puis, est survenu un fait-divers que la presse, la radio, la TV, ces grands médias, qui recrutent la crème de la résistance virtuelle, ont donné dernièrement en pâture à leurs lecteurs/auditeurs/spectateurs, et donc aux bloggers, transformant au passage un banal homicide en une histoire absolument extraordinaire : un père de famille, qui a froidement liquidé sa femme et ses rejetons, est en fuite ; la maréchaussée, toujours sur les dents, ne parvient pas à l'alpaguer.

Une chance, pour des milliers d'internautes, qui, en trois clics, vont enfin pouvoir se glisser avec délice dans la peau de la petite balance aux ordres de la Gestapo. C'est drôlement plus excitant que de jouer, à longueur d'année, les irréprochables, les vertueux, les purs, les durs, les sans-la-moindre-tâche, les indignez-vous. Ces internautes ont tous à portée de main le petit missel de Stéphane Hessel. Ils l'ont lu la larme à l'oeil, il y a à peine trois mois, et l'ont largement fait savoir.

L'incroyable nouvelle - les meurtres et la cavale de de Ligonnès - va transformer, en moins d'une semaine, nos valeureux résistants en une meute* affamée de sang. Cette meute, devenue foule, va essayer de faire mieux que HADOPI et LOPPSI réunis, en se lançant, la truffe bien humide, sur les traces que les Dupont de Ligonnès ont laissées sur le Web. C'est la curée ! La masse de lopettes hurle à tue-tête sur le Net : "Sus à Xavier le Crâne rasé !!!"
Ah, les bons citoyens, comme je les aime !

J'espère, maintenant, que Xavier Dupont de Ligonnès ne sera jamais retrouvé par la Police : ça me ferait trop mal au ventre de savoir qu'une de ces putains de balances en ligne, qu'un de ces putains de fouille-merdes puisse jubiler, dans quelques temps, en pensant avoir participé à l'arrestation de de Ligonnès. Cours, Xavier ! Cours !

*cf. Elias Canetti, Masse et puissance, 1960

Friday, 6 May 2011

Obsolescence du snobisme

La société du spectacle est dépassée au sens où le spectateur d'hier, celui dont parlait Guy Debord, est devenu acteur. "L’apparat est une mise en scène de soi" qui "permet de partager un goût, une sensibilité", selon Anthony Mahé, sociologue et spécialiste du comportement du consommateur. A. Mahé avance qu'"il suffit d’observer un certain nombre de tendances chez les classes moyennes : la propension croissante des dépenses depuis trente ans affectées au confort intérieur de l’habitat ou la banalisation des objets High Tech, coûteux sans être pour autant au sens économique "utiles". On aime s’entourer de biens de consommation parce qu’ils nous relient aux autres, ils font du lien social. Les biens inaccessibles font eux rêver, comme la robe princière de Kate ou l’Aston Martin de leur échappée nuptiale."

La "mise ne scène de soi" est devenu la règle pour tous. Si l'expression "snob" était très en vogue à l'époque de Debord, elle a, aujourd'hui complètement disparue, du fait que tout le monde est snob, c'est à dire que plus personne ne l'est. Si vous achetez un i-Pod, puis un i-Phone, et, dernièrement, un i-Pad, vous devez le faire savoir, d'une manière où d'une autre, et chaque nouveau modèle sera une occasion de vous remettre en scène.

Dominique Strauss-Kahn a été photographié le 28 avril embarquant à bord d'une Porsche lors d'une visite à Paris. S'en est suivie, dans les médias, bloggosphere comprise, une polémique qui n'en finit plus d’enfler, régal du bon citoyen français. Mais quand DSK roule en porche, il doit le faire savoir. C'est la règle !

PS - Je tiens à préciser que je ne roule pas pour DSK, ni pour aucun des cabotins de la Comédie républicaine française. Je fais de mon mieux pour échapper à la société post-spectaculaire, même si le simple fait de tenir un blog, me force, en quelque sorte, à y participer. Ceci en attendant de me retirer définitivement au sommet de la montagne que je gravis lentement, mais sûrement : les quatre roues motrices de ma Porche Cayenne de plus en plus mordantes, déterminées. J'ai hâte d'atteindre ma retraite olympique, surtout quand il m'arrive, comme ce matin, de mesurer le niveau de déchéance morale de mes contemporains qui se déchirent pour de telles broutilles.

Wednesday, 4 May 2011

Sympathie pour le Troll

Je considère généralement les trolls avec une certaine sympathie. Le troll n'est sûrement pas l'individu le plus stupide de la bloggosphere. Il est souvent doté d'un vrai sens critique, qui lui permet de repérer facilement les failles argumentatives et les contradictions dans un texte - ce qui ne sera pas le cas ici. Faiblesses sur lesquelles il prend appui pour libérer sa hargne souvent occasionnelle, sinon, peut-être, pour laisser déborder l'écume de ses frustrations amères. Le troll permet souvent d'avoir des échanges dans un registre de langue fleurie, imagée qui correspond bien à ma nature.

Si j'ai laissé tomber le blogging, depuis pas mal de temps déjà, c'est aussi parce que, sur les blogs, le léchouillage est la règle. On réclame implicitement que le commentateur se munisse de la brosse à reluire avant de donner son avis. Dans le cas contraire, si le commentaire n'est pas flatteur, le graphomane, auteur du billet, et ses sbires, qui forment ce qu'on appelle "une communauté" - un blogger isolé est un blogger mort -, se jettent les dents en avant sur l'irrévérencieux, le pauvre type qui a osé formuler une critique négative. Que cette critique soit réellement fondée ne change rien à l'affaire.

Ces bourrins, qui, via leurs blogs, rêvent de changer le monde, refusent a priori de reconsidérer leurs opinions moisies, flottant sur les marécages glauques de la doxa. Ils considèrent ce qu'ils écrivent comme des vérités immuables, indépassables, sources sacrées de leur personnalité bien ancrée dans la société. Ce sont eux les représentants de la Civilisation.

Il n'y a qu'à lire avec quelle condescendance ils traitent les internautes qui n'entrent pas dans le cadre de la Civilisation. Je parle de ces internautes dont le patrimoine génétique correspond à celui de l'inventeur du Minitel. Des sauvages qu'il a fallu convertir aux joies de l'Internet, pilier de la Démocratie post-moderne. Les bloggers civilisés se sentent donc investis d'une mission : porter la bonne parole dans tous les foyers de la planète munis d'une prise électrique. Peu importe que ces sauvages soient "analphabêtes", Daylimotion saura leur parler. La Civilisation passera. On en a la certitude depuis le fameux "Printemps arabe". Imaginez ! Internet est capable de convertir un sauvage sanguinaire à la Démocratie, d'amener cet ahuri à prier avec ferveur au coeur du Palais des Cyberconnectés !

Or, le méchant troll casse un peu ces rapports si conviviaux entre internautes hautement civilisés parqués sous l'Assemblée du Peuple des Connectés, dont les membres forcément solidaires, enthousiastes - il n'y qu'à voir le nombre de ceux qui se déclarent passionnés - débattent de choses très constructives, ceci dans une ambiance détendue et festive, une atmosphère fleurant bon l'Apple Geek, subtil parfum flottant légèrement entre les murs de la sacro-sainte Blogosphère.

Pour les Civilisés du Net, le troll pue !