Wednesday, 10 October 2012

Opinion

Je m'intéresse à la politique comme à la religion, mais aussi à un tas d'autres choses qui meublent le quotidien des hommes et des femmes avec qui je partage une portion de territoire sur cette maudite planète. Je veux savoir ce qui les anime, comment leur imaginaire est travaillé par les mythes, et les conséquences que cela peut avoir sur le paysage qui s'étend sous mes yeux. Mais, je ne participe en rien à toutes ces histoires : je ne me sens absolument pas concerné par tout ça. Si je m'y intéresse, c'est justement pour deviner où se cachent les espaces, les interstices qui restent inoccupés, à l'abri des tentacules des idéologies, hors du merdier habituel, pour pouvoir les investir en espérant toujours échapper à cet immense bordel. Car j'essaye en permanence d'avoir la paix, ainsi que le maximum de liberté — c'est-à-dire pas grand chose, mais toujours plus que n'importe quel citoyen, n'importe quel dévot républicain qui barbotent volontairement dans la démocratie, l'eau bénite de la politique, ce cloaque pour lequel ils sont prêts à se battre.

Tuesday, 9 October 2012

Effluves de chicorée

Selon la critique toujours aussi fumeuse de Pierre Assouline, « le miniaturiste en Echenoz n’a pas son pareil pour dire en passant "le ronflement rauque du couteau à pain sur la croûte" suivi du "tintement de petites cuillers dans les effluves de chicorée" ». Deux phrases qui d'emblée me dissuadent de lire un type comme Echenoz, alors qu'elles sont censées m'y encourager. Je demande ce qui pousse les lecteurs à parcourir actuellement, c'est-à-dire depuis un demi-siècle, les textes des auteurs de fiction français, ce qu'ils y cherchent et ce qu'ils y trouvent. De Tournier à Djian — ou qui vous voudrez à la place de Djian —, en passant par Le Clésio, chaque fois que j'ai essayé d'entrer dans l'univers de l'un de ces écrivains — appelons-les ainsi —, j'ai rapidement reculé pour refermer solidement la porte : les vingt ou trente premières pages, dans lesquelles je m'étais engagé, me hurlaient de fuir, de ne pas perdre mon temps.

Quand je pense que certains éditeurs — appelons-les comme çà — tentent de me vendre des textes illisibles, qui n'arrivent même pas à passer les barrières, pourtant très peu élevées, des grandes maisons d'éditions françaises, en qualifiant ces ramassis de mots — souvent mal orthographiés —, de "littératures d'avant-garde", je me demande s'il me faut rire ou pleurer. Je me demande surtout comment ces textes sous forme de .pdf ou de .epub trouvent des lecteurs, sachant que j'ai déjà pas mal de mal à comprendre qu'il puisse y avoir de gens pour acheter et lire Tournier, Echenoz, Djian et compagnie...

J'ai parlé de ça à mes animaux. Je leur ai demandé ce qu'ils en pensaient. Ils n'ont pas mis longtemps à délibérer : « Ne te casse pas la tête, la cause est évidente : ces lecteurs sont bêtes, tout simplement bêtes et incultes, bien qu'ils prétendent le contraire. Ils ont surtout beaucoup trop de temps à perdre. Et la littérature — employons cette dénomination — française actuelle est le meilleur moyen de perdre son temps, avec un rapport vacuité / prix inégalable pour les textes "non-matérialisés", fabriqués et vendus par une flopée d'imposteurs quasi illettrés, déguisés en écrivains d'avant-garde et poussés sur le devant de la scène Web par de petits techniciens déclassés du monde industriel, mais néanmoins malins, avides d'argent facile. »