Friday, 5 July 2013

Cons fleuris

Il y a bien quelque chose qui ne tourne pas rond chez les demeurés qui peuplent ce pays. Encore récemment, toute la population était offusquée par les révélations de Snowden disant que la NSA, la CIA, le FBI, et j'en passe, espionnaient le monde entier et que rien n'échappait à Big Brother : ni les conversations téléphoniques, ni les mails, ni les transactions financières, ni rien de ce qui fait la vie privée d'un individu. Quoi de surprenant dans ces pseudorévélations tellement la chose paraissait depuis longtemps évidente ? Pourtant, à ce sujet, tous sont aujourd'hui indignés. Mais, dans ce cas, il faudrait que ces indignés m'expliquent pourquoi dans les bars, les cafés, les restaurants, les transports publics, et partout où ils peuvent faire profiter l'entourage de leurs sublimes conversations, ils ne rechignent jamais. Toujours la gueule grande ouverte. On imagine qu'ils se sentent, dans ces endroits, encore protégés par l'anonymat, puisque les individus qui sont à portée de voix ne connaissent pas — sauf exception — leur identité, ni l'adresse exacte de leur domicile, ni quelles sont leurs fréquentations, leurs parents, etc. Ce n'est plus le cas, quand ces cons-là s'installent sur leur balcon et font profiter toute une résidence de leurs passionnantes conversations. Car ceux qui, de gré ou de force, sont amenés à les entendre, et même — n'en doutons pas — à les écouter, en savent bien plus sur leur identité que lorsqu'ils braillent dans un espace public. Mieux encore, ces idiots adorent passer leurs coups de fil du haut de leur balcon sur lequel ils se précipitent dès que sonne leur mobile, mais aussi pour appeler un correspondant dont on devine presque à tous les coups qui il peut bien être. Alors, pourquoi maudire la NSA, la CIA, le FBI et Big Obama d'un côté, et par ailleurs, étaler en public, à longueur de temps, cette prétendue vie privée, pourtant considérée comme infiniment précieuse ? Bien entendu, je connais parfaitement la réponse à cette question. Le seul problème, pour moi, c'est que je n'arrive pas à me résigner au fait que je suis en permanence cerné par des cons. Invariablement revient une autre interrogation d'une ampleur bien plus vaste que le problème de cette apparente contradiction comportementale, cette inadéquation totale entre discours et actes : pourquoi sont-ils si cons ? Là, on ne peut, quel que soit l'angle sous lequel on aborde la question, être en mesure de construire une réponse définitive ou même satisfaisante. C'est quelque chose qui dépasse l'entendement. Jamais personne ne recevra un prix Nobel pour avoir apporté l'ombre d'une solution. En tout cas, fondamentalement, ce n'est pas la résolution d'un tel problème qui occupe généralement mes pensées. Non, je me demande plutôt pourquoi suis-je si différent. Pourquoi, je ne partage que si peu de points communs avec cette engeance ? Suis-je un monstre ? J'en arrive à me demander si mes origines ne seraient pas extraterrestres. Si je ne faisais pas partie d'une mission exploratrice, venue d'ailleurs, et que tous mes compatriotes se seraient rapidement tirés d'ici, voyant sur quelle putain de planète ils avaient malencontreusement foutu les pieds. Pressés de s'arracher de ce merdier, ils m'auraient abandonné parce que je me serais aventuré, seul, bien plus loin qu'eux. Ou bien, je m'imagine comme une sorte de Crusoé de l'espace, mon aéronef s'étant désintégré à proximité de la Terre. BBL serait alors ma Fin de Semaine. Plaisanteries mises à part, je me sens nettement plus proche de mes animaux que de n'importe quel quadrupède humain. Et j'ai de multiples et très bonnes raisons pour étayer ce sentiment-là. Je les exposerai peut-être une autre fois. Maintenant, me revient en mémoire les bribes d'une comptine de mon enfance dont l'un des couplets parlait de balcons fleuris... Cons fleuris... Cons fleuris...

Monday, 1 July 2013

Attendre l'été

Dans l'une des lettres adressées à Franz Xaver Kappus, cadet à l’École militaire, qui lui demande s’il doit consacrer sa vie à la poésie, Rainer-Maria Rilke écrit les mots suivants : « Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. » Les temps ont depuis bien changé, et il est certain qu'aujourd'hui Rilke ne pourrait plus tenir un tel discours. Les printemps ne sont plus ce qu'ils étaient. Ne parlons pas des étés, actuellement inexistants. En raison des « progrès » de la civilisation, les conditions climatiques, atmosphériques, prises au sens propre, ne sont plus identiques à celles du début du 20e siècle. Prises au sens figuré, ces conditions apparaissent, de nos jours, radicalement différentes. A l'aube du IIIe millénaire, un poète de la trempe de Rilke est absolument impensable, inimaginable. Un poète tout court, un artiste de seconde zone est déjà presque introuvable. Et si, par chance, on en trouvait un, on s'apercevrait aussitôt qu'il a déjà un pied dans la tombe. Les grands arbres sont tombés, rien ne pourra les relever. L'automne, l'hiver, le printemps... Tout ça, c'est dépassé. Le cycle des saisons est maintenant sans importance. Attendre l'été n'a plus aucun sens. Cette civilisation est désormais à l'agonie. Reste à patienter pour prendre, un jour ou l'autre, connaissance de son acte de décès. Ne soyons pas trop pressés. La fin des temps est proche.

Friday, 21 June 2013

Homo festivus

Évidemment, à cette heure-ci, homo festivus est bourré, ce qui le pousse à monter le son de sa sono branlante sur laquelle passe de la musique de merde. Pour se persuader qu'il est en train de vivre une merveilleuse soirée, il gueule à plein poumons, comme le connard qu'il est et qu'il restera. Pauvre tache ! Avant que le jour ne se lève, tu seras étendu quelque part dans ta gerbe et tu pleureras comme une tapette, parce que ta salope de femme, qui admire tant les Femen, se sera tirée avec ton meilleur pote, tout aussi abruti que tu l'es, mais qui tient mieux l'alcool que toi. Elle est belle ta putain de civilisation, avec son calendrier plein de fêtes à la con.

Sunday, 16 June 2013

Depuis neuf ans

Je n'ai pas souvenir de la date exacte, tout ce dont je suis certain, c'est d'avoir ouvert mon premier blog sur Blogger, il y a maintenant neuf ans et que c'était en juin, en juin 2004. J'avais intitulé ce blog Scheiroblog, après avoir tenté de construire l'équivalent d'un blog sur mon premier site installé sur l'un des serveurs de Free. Cette toute première expérience a rapidement tourné court parce qu'il me fallait fabriquer du code HTML en complément de la fabrication des textes, ce qui s'est avéré une opération bien trop fastidieuse. En comparaison, Blogger facilitait grandement la publication et Scheiroblog a donc vécu heureux, régulièrement alimenté, jusqu'à ce que je prenne la décision de l'écraser, probablement fin 2007, quand j'ai supprimé tout ce que j'avais mis en ligne au cours des années précédentes. J'avais alors passé deux mois sans donner le moindre signe d'activité sur le Web. Deux mois de vacances, telles que je n'en ai plus repris depuis. D'ailleurs, m'accorder une période de vacances, comme à cette époque là, est une idée qui me revient fréquemment à l'esprit. Je me demande ce qui m'empêche de mettre ce projet à exécution. La routine, peut-être. Le fait que bloguer fasse partie de mon quotidien depuis, maintenant neuf ans. Drôle d'habitude. Une manie, certainement.

Sunday, 26 May 2013

Atrophie cérébrale

Twitter : miroir de l'atrophie cérébrale généralisée de l'homme civilisé.

Thursday, 4 April 2013

You can get it...

J'ai encore chargé un tas de mp3 en fouillant les serveurs sur le Web. Je suis tombé, par hasard, sur You can get it if you really want de Jimmy Cliff. Je ne peux pas dissocier ce morceau du souvenir de Wolfgang, prostré depuis plusieurs jours parce qu'il sortait de la prison d'Algésiras pour trafic de cannabis. Trahi par le frère de sa femme, vendu à la police des frontières, il avait tout perdu : ses économies englouties dans l'acquittement de sa caution, sa Mercedes saisie par la douane espagnole, et même son unique paire de chaussures qu'il venait de se faire voler par S. alors qu'il dormait à la belle étoile dans un bois d'eucalyptus, près de la merja de Moulay Bousselhem. Je ne sais plus comment il avait atterri là, alors qu'il tentait de rejoindre, en auto-stop, Marrakech où il s'était marié quelques mois auparavant. J'avais hébergé Wolfgang à la maison après avoir convaincu S. de lui rendre ses chaussures. Malgré tout, l'Allemand — je crois me rappeler qu'il venait de Hambourg — broyait du noir. On se réunissait tous les soirs à quatre ou cinq pour d'invariables séances de km'ia ou tassa. Sur fond musique — bien souvent du reggae - produite par un sound-system japonais, on buvait des litres de Moghrabi rouija, versés dans un unique verre à thé en pyrex que l'on faisait tourner, tout en fumant des monceaux de zentla, qualité se'm — mieux que le double zéro —, fourni régulièrement par un capitaine de gendarmerie originaire de Fez. On passait toutes nos nuits à reconstruire le monde, un univers improbable, une sorte de haschich'cosmos. Lorsqu'on était sur le point de perdre conscience, l'esprit bien m's'mok, les neurones déconnectés, les synapses court-circuitées, on tentait de revenir à la réalité en fumant du kif mélangé à du tabac de la région, au goût très âcre, consumé dans le chkef en argile fragile d'un long sepsi taillé dans le bois jaunâtre d'un laurier rose. Wolfgang, qui, hormis sa langue maternelle, ne parlait que l'anglais, ne pouvait pas participer à nos délirantes conversations si l'on ne faisait pas l'effort de le tenir, de temps à autre, au courant des thèses portées par notre fulgurant discours, dans une traduction anglaise approximative. Aussi, pendant ces interminables nuits — le temps était aboli —, il se contentait de se perdre dans les méandres de ses propres pensées, en de sombres méditations. Ou bien, il nous observait silencieusement en affichant involontairement l'air triste d'un chien battu. Mais un soir, ou peut-être un matin peu avant l'aube, c'est la musique de Jimmy Cliff qui le ramena à la vie. Comme si cela venait de se produire à l'instant, je le revois clairement se lever d'un bond pour se mettre aussitôt à danser en murmurant, un large sourire aux lèvres, les yeux au ciel : "You can get it if you really want, you can get it...". Wolfgang était sauvé.

Sunday, 31 March 2013

L'horaire du biopoliticien

Depuis ce matin, après le petit-déjeuner, depuis l'instant où j'ai jeté un oeil sur l'affichage de l’horloge du PC, je ne décolère pas. Dans la nuit, les enculés, qui régissent la vie du troupeau des crétins-citoyens, ont avancé l'heure de 60 minutes. Pour le moment, je n'ai toujours pas synchronisé la seule horloge de l'appartement, un antique réveil électronique dont l'affichage digital indique encore l'heure d'hiver, mais je finirai par m'y résoudre, ne serait-ce que pour m'éviter de faire, mentalement et malgré moi, la conversion en horaire d'été. L'idée de me soumettre à ce dictât débile, même si ça ne changera rien à mon comportement, dans le sens où je ne vis qu'en fonction de ma propre horloge biologique, me rend vert de rage. Ça me rend vert de rage, parce que le fait que quelques types puissent obliger des millions d'individus à rogner sur leur sommeil, en les faisant lever au milieu de la nuit, pour les expédier avant l'aurore aux travaux forcés, me semble quelque chose d'absolument intolérable. C'est signifier ouvertement aux membres du troupeau que rien ne leur sera épargné, que tout sera fait pour les abrutir autant que possible, en préservant uniquement leur force de travail, la seule chose qui importe à tous les charognards assoiffés d'argent et de pouvoir. Mais, je crois que ce qui me rend encore plus enragé, c'est de savoir que des millions de crétins acceptent ça sans broncher, et pire, qu'une large partie d'entre eux trouvent ça formidable. Connards !

Thursday, 28 March 2013

Notes sur mes photographies

Rien à lire sur ces images qui puisse étonner, surprendre, choquer, bouleverser celui qui prendra le temps de les faire défiler sur son écran. Ni plus ni moins de ce type d'émotions n'est à attendre des séries d'images précédentes, idem pour celles qui suivront. Rien de grave, d'important, de mémorable n'est inscrit dans les textes qui accompagnent les images. La somme des photographies et des textes qui s'affichent sur les pages que je publie sur Traverses, depuis une dizaine de jours, maintenant, peuvent être assimilées au genre photographique bien connu qui est celui du reportage, c'est vrai. Mais, comme je l'ai déjà fait remarquer, et en admettant qu'on puisse parler de reportage, aucune volonté d'instruire le lecteur ne guide mon entreprise. Aucune prétention à une quelconque objectivité, non plus. Ce n'est donc pas du reportage, car je me tiens loin du désir d'informer, d'éduquer ou de persuader qui que ce soit.

Par ailleurs, j'ai cru, il y a déjà quelque temps, que je cherchais à révéler, par mes photographies, des pans obscurs de la Beauté dissimulée dans des objets ou dans des scènes ordinaires. J'ai cru cela parce que je me suis laissé aller à écouter d'une oreille le discours de ceux qui luttent avec une volonté farouche pour que la Beauté du monde ne soit pas ensevelie sous un amoncellement d'immondices, produits inévitables de la marche en avant de notre ignoble civilisation. C'est vrai, notre civilisation — plutôt la leur, parce que rien dans cette chose ne m'appartient — n'est pas des plus ragoûtantes. D'accord pour dire que nous vivons une époque absolument merdique. Mais, je dois être honnête. Aucune recherche du beau ne préside à ma pratique quotidienne de la photographie. Pas plus de ce côté que du côté "poids des mots, chocs des images", c'est-à-dire du côté illusoire du reportage. Je m'en suis rendu compte en remarquant qu'il ne viendrait jamais à l'idée d'un reporter, d'un touriste, ou même d'un artiste — quoique... de nos jours, les artistes ne reculent devant rien —, de prendre pour objet ce que je photographie habituellement.

Autre chose : je ne peux pas faire entrer ces images dans le cadre de la photo souvenir, car les scènes figées et numérisées par le Nikon ne sont pas à verser dans un précieux album que je regarderai la larme à l'oeil dans quelques années — en supposant que je vive si longtemps. Tout simplement parce que tout ce qui se trouve transcrit en images sur ces séries n'a, pour moi, aucune valeur affective. De l'église Sainte-Thérèse, au quartier de La Paillade, en passant par les berges du Lez ou les vignes de Vendargues, tout me laisse totalement froid, indifférent sur le plan émotionnel. Cette ville n'est pas la mienne, cette région encore moins. De toute manière, aucune ville, aucune région ne sont à moi, aucun pays n'est le mien. Et sûrement pas la région de Montpellier que je trouve particulièrement moche et abîmée, et même ravagée sous certains aspects. Pas d’appropriation possible, pas même l'idée d'une adoption.

Alors, pourquoi faire ces photos ? C'est simple : parce que si je ne les faisais pas personne d'autre ne les ferait, sauf, peut-être les cameramen de Google Street. Je suis d'ailleurs persuadé qu'ils travaillent dans un état d'âme similaire au mien, sauf qu'ils y apportent beaucoup moins de soins que moi. Ce qui m'amène à préciser, parce que je viens d'y penser, que je ne fais pas mes photos comme ces types munis d'un smartphone qui bombardent Instagram d'images insignifiantes, prises n'importe comment, sous le coup d'une émotion quelconque. Mes prises de vue ne sont pas comparables à celles d'Instagram affichant une pizza, un cornet de frites, un verre de bière, une image furtive prise de la fenêtre d'un bus, d'un métro, d'un train, les branches d'un arbre à contre-ciel, une affiche collée contre un mur, un graffiti, une silhouette sur sa moto, l'inévitable autoportrait, l'enfant gazouillant dans son berceau, l'ivrogne affalé sur le tapis au pied de son canapé, c'est-à-dire l'adulte que sera l'enfant dans quelques années, etc.. Non, rien à voir avec ces images faites pour immortaliser l'instant présent. Ces photos, prises au smartphone, sont produites avec encore moins de soins que ne leur prodiguent les opérateurs de Google Street, par contre, elles se veulent chargées d'instants vécus, d'émotions... Émotions à la con... Mais bon, passons...

Donc, c'est plutôt du côté de la photographie, comme peut en produire Google Street, qu'il faut ranger ces séries. Avec pour différences : le cadrage est soigneusement choisi, je ne prends pas tout et n'importe quoi, je n'ai pas besoin de flouter les visages, car j'évite de faire entrer dans le champ des personnages, je ne floute pas les plaques d'immatriculation des véhicules dont les propriétaires n'avaient qu'à pas se trouver là au moment de mes prises de vue, des prises de vue faites, la plupart du temps, à hauteur d'homme et non pas du haut d'une perche d'environ 2 mètres, et, dans l'ensemble, mes images sont de meilleure qualité que celles diffusées sur Google Street. Par contre, je retrouve l'atmosphère, l'ambiance que produisent les images de Google dans mes propres images. Celles de Google et les miennes ont un côté assez impersonnel, qui traduit bien le manque d'émotion de l'opérateur au moment de la prise de vue, ne cherchant ni à magnifier ni à déprécier ce qu'il a sous les yeux, mais seulement désireux de montrer les paysages tels qu'une caméra peut les restituer, dans un agencement plus ou moins complexe de formes et de couleurs.

Puisqu'il est question de couleurs, je me dois de faire remarquer aux éventuels spectateurs qu'aucune de mes images n'a échappé au traitement Photoshop. Là encore, rien de "naturel", aucune volonté d'objectivité par rapport à la réalité perçue. Dernière remarque qui, dans le cas des séries photographiques regroupées sous l'intitulé « Zones urbaines et suburbaines », m'amène à conclure quant à ma motivation principale. En dehors du fait de rendre à mes yeux perceptible l'extension inexorable et presque invisible — tant la situation semble banale, normale, inévitable — de la ville en direction de la campagne, je ne vois que la volonté de produire des images au contenu esthétique. Il faut alors entendre esthétique au sens premier du terme formé sur le grec : α ι ̓ σ θ η τ ι κ ο ́ ς, « qui a la faculté de sentir ; sensible, perceptible » et α ι ̓ σ θ α ́ ν ο μ α ι « percevoir par les sens, par l'intelligence ». La photographie n'étant rien de plus qu'un médium, un canal, un outil au service de l'intelligence. Et, comme tout outil, la photographie s'utilise avec plus ou moins de dextérité, de discernement afin d'obtenir de la transformation d'un objet, d'un sujet, le meilleur résultat possible, le plus intéressant.

Sunday, 24 March 2013

Vacuité

C'est cyclique, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive : le Web me fatigue ! J'ai beau passer d'une page à l'autre, de Google Plus à Twitter, jeter un oeil sur Google News ou faire défiler quelques images sur Pinterest, rien ne retient mon attention. Pire, je n'y vois qu'un ramassis de conneries. Un désintérêt qui s'est plusieurs fois produit par le passé, mais qui qui n'a jamais duré bien longtemps, quelques jours tout au plus. C'est un peu différent dans le cas présent : le rejet du Web prend de plus en plus d'ampleur et s'étale sur plusieurs semaines. Je n'alimente presque plus mes blogs, et encore moins mes Tumblr. Une réaction probablement liée au manque de tonus provoqué par la fin de l'hiver. Pourtant, je sens que le malaise est plus profond. Le Web peut sembler vaste et donner l'impression qu'il regorge de trésors cachés. Je ne prétend pas que je n'y trouve plus rien. Il m'arrive encore de pousser une légère exclamation en découvrant un site ou un autre. Mais ce sont là des trouvailles qui se font de plus en plus rares. Il faut garder à l'esprit que, si le nombre d'internautes est maintenant phénoménal, très peu d'entre eux produisent véritablement du contenu, et ceux qui produisent des données se contentent trop souvent d'imiter des sites qui ont préalablement obtenu une certaine reconnaissance et qui généralement n'ont pas échappé à mes recherches. Aussi, au bout d'une quinzaine d'années passées à surfer, je ne devrais pas être trop étonné de pousser autant de soupirs en tombant sur des choses sans originalités, du déjà vu et revu, parfois des dizaines de fois. Mais, là, les soupirs sont beaucoup trop fréquents. Il va falloir que je me décide à opter pour une solution plus radicale que celle qui consiste à déplorer l'inutilité, la vacuité, la stérilité de mes navigations en ligne. Il me faut changer d'activité ! Faire plus de siestes en compagnie de mes animaux, par exemple. Et, surtout, passer beaucoup plus de temps avec eux. Ils ont des conversations bien plus savantes que celles que je pourrais avoir sur les réseaux sociaux. Ils m'enseignent mille fois plus de choses que ce que toute la Webosphère réunie ne pourra jamais faire. Ça sera tout pour aujourd'hui.

Friday, 22 March 2013

Sur deux colonnes

Je viens de publier Au loin, La Paillade, septième et peut-être dernière page de la série Zones urbaines et suburbaines. J'écris que je viens peut-être de mettre en ligne la dernière page de cette série de photographies, parce que créer de toutes pièces des pages HTML demande d'avoir pas mal de temps devant soi, alors qu'il est bien plus facile de publier des photos en utilisant une plate-forme conçue pour un blog, telles que Blogger, WordPress ou, encore plus simple, Tumblr. Outre le fait que, pour les besoins de cette série, j'ai retravaillé toutes les images avec Photoshop, ce qui m'a aussi demandé pas mal de temps, c'est la rédaction des textes qui me dissuade, aujourd'hui, de poursuivre bien longtemps dans cette voie.

Écrire est certainement l'activité qui, de toutes celles qui permettent généralement d'occuper "intelligemment" son temps, me semble la moins attrayante. Je préfère parfois encoder une page en HTML, plutôt que d'avoir à rédiger du texte dans la langue de Molière. J'aime lire les écrivains qui savent écrire, je lis beaucoup plus que la moyenne de mes contemporains — ce qui ne demande même pas d'être un athlète de la lecture —, mais je n'ai jamais caressé l'envie d'imiter un écrivain.

Écrire est une entreprise qui exige énormément d'ingéniosité, un entraînement intensif, une longue expérience. C'est une véritable industrie qui oblige à s'engager sur un parcours semé d'innombrables embûches, à se déplacer la peur au ventre sur un terrain miné. Et, pour peu que la production de textes réussisse plus ou moins bien, cette entreprise ne rapportera rien au final, sinon des montagnes d'emmerdements, de déceptions et désillusions en tout genre. Il faut être quasi-illettré, presque inculte et vraiment niais pour imaginer une carrière faite de l'exploitation d'une langue naturelle quelconque. Un orpailleur installé sous l'un des ponts de la Seine a de meilleures chances de réussir sa vie, que n'importe quel professeur agrégé de Lettres en possession d'un PC équipé d'un traitement de texte. Ne parlons pas des autres, de tous ceux qui ne possèdent qu'un ordinateur et quelques bandes dessinées rangées à proximité, sur des étagères Ikea-Roche-Beau-Bois régulièrement dépoussiérées. Ces petites cervelles, umeris gigantum sedentes credentibus, peuvent toujours fantasmer, rien ne leur interdit d'y croire, aucune loi ne pourra leur défendre de mettre en forme les epub qui font la gloire des catalogues mis en ligne par d'héroïques éditeurs de « littérature exigeante » — soit le meilleur slogan pour ces choses culturellement misérables. Je suis convaincu de pouvoir facilement produire des textes bien plus lisibles que ce que ces niais peuvent rédiger. Seulement, comme je le dis plus haut, je ne trouve aucun plaisir à patauger des deux pieds dans ce type d'activités.

Je me plie aux règles de la syntaxe uniquement les jours où je n'ai rien de mieux à faire, histoire de donner un peu plus de volume à ce blog, ou alors, quand je pense que quelques phrases, une fois éditées sur deux colonnes, auront un joli petit effet esthétique dans la présentation d'une page HTML pleine de photos.

Voilà, pour le moment, je n'ai rien de plus à dire.

Tuesday, 19 March 2013

Sabir

Expliquez quelque chose clairement et simplement à quelqu'un, il ne vous écoutera pas. Racontez-lui n'importe quoi, une histoire sans queue ni tête dans un sabir abracadabrantesque qui lui donnera l'impression que vous êtes un expert ou, mieux, un poète, il vous remerciera d'avoir éclairé son esprit et vous dira qu'il vous a parfaitement compris. Connard !

Sunday, 17 March 2013

Deux pages

Il a plu toute la journée. Je n'ai donc presque pas quitté mon poste, je suis resté rivé au siège du fauteuil, face à l'écran du PC. J'en ai profité pour créer deux pages que j'ai ensuite mises en ligne sur Traverses : Zone Urbaine et Avenue d'Assas. Deux pages composées de photos faites vendredi dernier, accompagnées d'un texte. Ça parle de quelques aspects de la charmante ville de Montmerdier. Je me suis promis de créer d'autres pages sur ce modèle, parce que les photographies ne subissent pas la compression infligée aux fichiers .jpg par les serveurs des plates-formes comme Tumblr et sont donc de meilleure qualité. De plus, elles s'affichent directement au format original, alors que, sur Tumblr, WordPress ou Blogger*, il faut souvent ouvrir trois pages consécutives pour visionner des images publiées en grand format. Éditer en créant ses propres pages demande plus de temps que pour éditer sur une plate-forme qui supporte des blogs. C'est un inconvénient. Pourtant, je vais quand même essayer de recourir plus souvent à mon serveur que par le passé. Le temps que je perds inévitablement sur Google Plus, par exemple, devrait être employé à poursuivre la construction et l'amélioration de Traverses. Ce qui me procurera de plus grandes satisfactions.

*ce n'est plus le cas pour Blogger depuis le 23/03/13 : le slider, mis en place l'année dernière, est supprimé.

Sunday, 20 January 2013

Sage comme une image

Explorer le disque dur de ma machine à la recherche de photos qui méritent d'être recadrées au format carré, puis les travailler avec Photoshop, pour finalement les publier sur CNN sont des opérations assez prenantes qui occupent une bonne partie de mes soirées depuis le début de l'année. Cette activité m'a permis d'envisager, encore une fois, la photographie sous un nouvel angle et m'a renforcé dans l'idée qu'il ne sert à rien de courir des milliers de kilomètres pour faire de bonnes images, ni même de se creuser indéfiniment la tête pour trouver le bon objet à saisir sur la carte mémoire d'une caméra électronique.

Je remarque surtout que, si parmi les plus anciennes prises de vues numériques, beaucoup restent vides, sans contenu esthétiquement exploitable, c'est bien moins fréquent pour les prises de vue les plus récentes. J'en arrive à penser que je sais, aujourd'hui, à peu près ce que je veux révéler de mon environnement lorsque je me donne la peine de faire quelques images. Je me dis surtout que la photographie représente pour moi un long, très long apprentissage, et que je ne suis pas au bout de mes difficultés dans ce domaine.

Contrairement à ce que la plupart des gens pensent au sujet du numérique, un procédé qui suppose une facilité accrue dans l'obtention de bonnes images, je me rends compte que le fait de pouvoir si commodément déclencher l'obturateur pousse vers une gigantesque prolifération de prises de vues qui, sur le plan esthétique, amène rapidement à la confusion générale. Ce qui ne facilite rien pour celui qui cherche à orienter la création photographique dans un sens réellement significatif.

J'ai l'impression que, par rapport à la photographie au temps révolu de l'argentique, le fait qu'aujourd'hui tout objet, toute scène de la vie quotidienne pouvant être photographiés sans restrictions — financières en particulier — amène à faire une sélection a posteriori des images valables, alors qu'auparavant cette sélection se faisait, en partie, mentalement avant même d'être amené à enfoncer le déclencheur des anciennes caméras. En résumé : on ne photographiait pas, du temps du film argentique, dix fois n'importe quoi, sous n'importe quel angle, par n'importe quelle lumière en se disant qu'on ferait un tri plus tard, ce qui est très souvent le cas actuellement.

Cette situation conduit à voir sur les écrans des milliers de photos qui, sans la réduction phénoménale du coût d'une prise de vue, n'auraient certainement pas vue le jour. Et, bien entendu, on doit aussi prendre en compte la facilité avec laquelle cette prise de vue peut être montrée à de nombreuses personnes lorsqu'elle est mise en ligne sur le Net, alors que, développée sur du papier, elle n'aurait été visible que pour très peu de gens.

Indubitablement, ce nouvel état de fait, modifie le regard que l'on porte sur la photographie en elle-même, mais aussi, en tant que pratique, création d'une forme esthétique. Même si l'on ne considère la photographie que pour sa fonction mémorielle, jalon chronologique numérisé pour rappels à souvenirs, ce qui est sûrement et largement la pratique la plus fréquente, la prolifération vertigineuse des clichés modifie, là encore, notre perception du monde photographique, mais aussi notre rapport au monde tout court en le surchargeant de représentations qui laissent de moins en moins de place à notre imaginaire.

J'ai donc eu de grandes difficultés à me faire une idée de ce qui était réellement intéressant — pour moi, tout au moins — au milieu de cette immense carrousel pictural présenté sur le Web. J'ai voulu choisir les images qui, subconsciemment, me serviraient en quelque sorte de référence lorsque je serai amené à déclencher l'obturateur de ma caméra. Opérer un tri, parmi les centaines de photos que je regarde quotidiennement défiler sur l'écran pour ne retenir que celles sur lesquelles ma pratique pourrait éventuellement s'appuyer, fut un long travail qui m'a souvent procuré une certaine satisfaction, chaque fois que mes recherches occasionnaient la découverte de belles images. Les belles images rendent sage.

Au court de ce tri, mon regard a changé. Cette évolution dans ma façon d'envisager les caractéristiques d'une bonne photographie m'a ramené, ce mois-ci, à revisiter avec un oeil légèrement différent mes archives qui, en réalité, ne sont pas très épaisses. Je me suis surpris à sélectionner des images que j'aurais d'emblée écartées, il y a seulement quelques mois.

Je pense aussi que le fait de manier Photoshop avec un peu plus de subtilité qu'auparavant a joué dans cette nouvelle sélection. Mais là encore, il me reste de sérieux progrès à faire, non pas dans la manipulation de ce logiciel qui n'a plus de secrets pour moi, mais des progrès à réaliser quant au dosage des modifications, des opérations que je fais subir aux photos que je travaille. Il me faudrait obtenir une meilleure unité, surtout dans les tonalités des images qui pourraient composer des séries. Ce que je suis encore incapable de faire correctement, parce que je traite chaque image individuellement sans prendre en compte son insertion future, lors de la publication, dans un groupe de photos assez volumineux.

Si ce n'est BBL, qui commente franchement mes photographies, je ne bénéficie d'aucune critique qui me permettrait d'avancer plus rapidement dans mes tentatives d'améliorer la qualité de mes images. Je suis obligé de me guider en essayant d'être le plus objectif possible vis à vis de ce que j'affiche en ligne, mais ça ne me mène pas très loin. Aussi, tant bien que mal, je compare mes photos à celles de quelques photographes reconnus dont j'aime le travail, ce sont les seuls repères dont je dispose, mais ça ne m'aide pas vraiment.

Enfin, de tout manière, je pense que tout ça n'a pas beaucoup d'importance. Je n'ai pas pour ambition de voir un jour mes images publiées sur du papier glacé par un éditeur quelconque. D'ailleurs, je n'ai jamais pris la peine de développer sur papier aucune de mes photos depuis que j'utilise une caméra numérique, c'est à dire depuis une dizaine d'années. C'est quelque chose que je n'ai pas une seule fois envisagé.

Je crois que si j'écris, comme je viens de le faire ici, c'est avant tout pour un usage personnel, histoire de mettre de temps en temps un peu d'ordre dans mes idées. Concernant la photographie, c'est à peu près pareil. Si je m'adonne régulièrement à la prise de vues au moyen d'un appareil numérique, c'est non pas pour mettre de l'ordre dans mon paysage mental, mais pour permettre à ma cervelle de faire des allés retours entre la réalité ordinaire et mouvante, perçue quotidiennement par mon regard, et le reflet fixé, immobilisé, réifié d'un infime fragment de cette réalité, transcrit photographiquement — ce qui veut dire qu'une photo n'a qu'un très lointain rapport avec la réalité. Ainsi, par cette transcription, j'offre à mon imaginaire une manière supplémentaire d'appréhender le monde, de l'approcher sous un angle différent. De plus, je peux modeler ce reflet, canalisé en électrons numériquement circonscrits et ordonnés, ne serait-ce qu'en le recadrant, sous une forme qui me sera plaisante à voir, soit la traduction de la transcription original. J'aurais alors la possibilité de montrer cette traduction, de la communiquer, d'exprimer autrement que par la parole un point de vue, une opinion sur le monde.

Oui, tout compte fait, pour moi, la pratique de la photographie est avant tout, un véritable moyen de compréhension du monde, puis d'expression, et non pas un simple procédé d'enregistrement afin de produire du souvenir visant à palier une déficience de la mémoire. Un photo ne représente pas à mes yeux une police d'assurance faite pour un homme apeuré par l'éventualité d'une dégénérescence cérébrale engendrée par la maladie ou la vieillesse. Certains — ils sont nombreux — voient la photographie sous cet aspect là, mais pas moi. Je pense que ce procédé vaut mieux que ça.